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 [En cours] - Je t'apprendrais à rire si tu m'apprends à pleurer -「Memento feat. Aqualya」



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Vivre, c'est lire au-delà des mots.
Morgul restant sur ses gardes
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Faery
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Voyageur
Fiche

「 Accroches-toi. 」

(Survolez le titre pour plus d'infos)


Les pas que je fais dans cette forêt suivent ceux que j’ai fait dans le sable. Ce parcours depuis le désert jusqu’à cet endroit tisse un long voyage à travers le Temps. Mais le Temps s'agrippe à moi. Mes pas s’alourdissent. Tout est lourd.


Ces mots étaient marqués sur un arbre en plein milieu de la forêt de Célimor. Vaguement gravés dans l’écorce, ils se confondaient avec le décor sauvage qu’offrait la végétation. Tout était tranquille, imperturbable. On aurait dit que la forêt toute entière était à l’écoute de quelque chose. La lumière orangée du soleil avait déjà commencée à se voir interdire de passer à travers les feuillages. La nuit, plus douce et calme, surplombait déjà lentement l’horizon. La faune et la flore l'accueillaient en brillant légèrement : les lueurs d’insectes et de fleurs gagnaient la forêt. Ici, les ténèbres étaient chez elles. Une de ces lueurs vint éclairer une autre inscription se trouvant sur l’écorce d’un arbre différent :
 

Lorsque je me retrouve perdu au milieu de l’immensité du monde, je repense à cette petite bulle au milieu du désert. Un petit monde à l’abri du sable et du Temps. La caravane Serpentine.


Non loin de là, des mots avaient été écrits sur le sol terreux :


Je pensais que ce monde qui m’a accueilli allait perdurer encore et toujours. Mais la bulle, même à l’abri des tempêtes, était trop étroite pour elle et moi. Alors pour se libérer des chaînes de ce monde, nous avons du sortir dans la tempête.


L’écriture était maladroite et discrète, mais visiblement récente. Elle semblait à la fois sortir du contexte et s’y confondre. Des mots, des paragraphes, des pensées, des coups de couteau. Ces choses-là étaient autant de traces laissées au milieu de la nature, au milieu de l’inconnu.  Elles témoignaient d’un voyage à travers cet environnement calme et hostile. Au détour d’un arbre mort se trouvait un  nouveau passage, légèrement plus long que les précédents :


Si la Mort était une personne, alors je pense qu’elle me ressemblerait. Je suis sûr que la Mort aime les histoires elle aussi. Celles des gens particulièrement. Le chasseur m’a dit que si il y avait bien une personne plus fidèle que n’importe quelle autre, une personne qui serait là pour t’accueillir peu importe qui tu es, quoiqu’il arrive, ça serait la Mort.


Si la Mort était une personne, cet endroit lui plairait. Oui, ici les ténèbres se sentent comme chez elles. Car cet endroit était vaste et magnifique. Cet endroit était dangereux pour le voyageur. Seul un bruit brisait de manière répétée le silence des alentours. Un coup sec, régulier, produit par le son de quelqu’un qui frappait dans le bois. C’était une personne de petite taille. C’était le voyageur. Il frappait encore et encore pour graver quelques mots les uns à la suite des autres. Mais chaque coup devenait plus lent, plus hésitant, cependant il continuait. Faiblement éclairé par la lueur des lucioles, il réussit à écrire de la pointe de sa dague :


Beaucoup de choses sont arrivées depuis que je l’ai rencontrée. J’aurais aimé écrire tout cela dans un chapitre du Memento, mais pour l’instant je…

Sa main tremblait de plus en plus jusqu’à ce qu’il s'interrompit en plein milieu de sa phrase. Il semblait grimacer sous sa sombre capuche. Ses gants étaient couverts de sang.  

Après avoir relâché un long soupir, il rangea sa dague à l’intérieur de son épais manteau sombre et usé. Ce manteau portait des marques de griffures qui couraient sur quasiment tout le long du tissu. L’individu portait sur son dos un énorme sac de voyage, peut-être un peu trop grand pour lui, mais pourtant presque vide. Sa main droite tenait continuellement le bout d’une corde qui était relié à une étrange luge en bois. Au vu des traces qu’il a laissé derrière lui, le voyageur a du trainer cette chose jusqu’ici. Dans la pénombre se distinguaient quelques-unes de ses affaires, savamment attachées sur la luge, mais surtout un animal, tout aussi ligoté, allongé sur ce petit chariot improvisé. La bête était imposante, mais faible et tremblante. Elle se rapprochait beaucoup du loup, mais sa fourrure portait des couleurs plus vives. Son corps était couvert de bandage au niveau du buste et du poignet. Le voyageur s’agenouilla auprès d’elle pour la caresser, mais celle-ci ne présentait guère de réaction. Elle allait mal, sa respiration était irrégulière. Après avoir examiné l’animal, le voyageur se releva et tourna son regard plus profondément dans la forêt.

“Il faut continuer d’avancer” déclara-t-il alors, comme s'il énonçait un fait, une vérité. Cette vérité implacable, il fallait avancer pour survivre. Mais il ignorait si la survie était réellement au bout du chemin. La seule chose qu’il savait, c’était qu’en restant plus longtemps, son voyage s’arrêterait définitivement.
C’est pourquoi il passa la corde accrochée au petit chariot par-dessus son épaule droite et commença à tirer. Ses pieds s’enfonçaient légèrement dans la boue pendant qu’il se démenait pour traîner la luge, et l’animal qui reposait dessus. Il avançait difficilement à travers la végétation, mais il arrivait tout de même à progresser à la force de ses deux petites jambes. Il continua ainsi pendant plusieurs dizaines de minutes, si ce n’était des heures. Il n’y avait plus aucune notion du temps ici, seul le bruit des feuillages et du vent. Malgré la calme agitation de la forêt, ce bruit de fond ne faisait qu’accentuer le silence nocturne dans lequel était plongé le voyageur. Ce silence qu’il appréciait tant normalement, il devenait insupportable au fil des heures. Parce que si rien ne le stimulait de l’extérieur, il ne pouvait qu’entendre les voix de l’intérieur : les cris de douleur de son corps qui lachait petit à petit sous l’effort et de son estomac qui hurlait de faim. Chaque minute dans cette forêt devenait épuisante et douloureuse. Celui qui était le plus mis-à-mal par cette situation, c’était l’esprit du voyageur. Il perdait espoir et motivation comme si il en dépensait à chacun de ses pas. L’animal, silencieux jusque-là se mit à gémir. Cela n'arrêta pas la marche du voyageur, mais les gémissements de plus en plus fort de l’animal venait frapper sur lui comme des flèches plantées dans son dos. Au milieu du silence, du bruit des pas, du traîneau qui traine sur les feuilles, et des gémissements, Il laissa échapper un long et profond soupire.

“Je sais que tu as mal.” Ses mots étaient lancés au hasard, comme s’il s’adressait à tous ceux qui pouvaient être présents autour. Mais il n’y avait que l’animal et lui.
“Tu as mal, hein? Tu n’en peux plus ? Tu voudrais bien que tout cela s’arrête. Tu en as marre de te battre pour un monde qui te rejette. Pourquoi dois-tu passer par toute cette douleur ? Pourquoi après avoir enduré tout cela, tu n’as tout de même plus rien ? Juste cet endroit pour mourir, c’est la seule chose que le monde t’offre après t’avoir laissé tant de cicatrices. Te voilà seule, sans plus rien à part la douleur. Pourquoi s’accrocher à elle ? Pourquoi ne pas l’abandonner ? Il suffit juste de relâcher la seule chose qui t'accroche à ce monde. Si la douleur est la dernière chose qui te reste est la douleur, alors il suffit juste de mourir.”

Après que le voyageur ait posé toutes ses questions, il s’arrêta, sans réponses, puis lâcha la corde. C’est vrai, pourquoi faisait-il tout cela ? Le fardeau qu’il traînait avec lui était trop lourd à porter, pourquoi en était-il incapable de s’en débarrasser ? En un coup de vent, la brise est venue lui arracher les derniers espoirs qui existaient en lui. Son corps était au bord de la rupture, il avait mal de partout.
Parmi tous ces maux, il distingua cependant une douleur particulière dans son poignet. Elle n’était ni plus vive que les autres, ni plus longue. Elle était juste là, comme un vestige d’une ancienne blessure, ou plutôt, de la seule vraie blessure physique qu’il portait encore sur lui.  Il regarda son poignet enroulé dans des bandages.

Cette blessure là lui a fait l’effet d’une piqûre de rappel. Comment pouvait-il avoir oublié, lui qui n’oublie rien ? Il avait une raison de faire tout ça. Il avait une raison de se battre. Il avait une raison de survivre. Et cette raison est actuellement sur le point de mourir, à l’agonie sur le traîneau. Il s’était promis qu’il devait sauver la créature, et il avait inscrit cette promesse au plus profond de sa blessure. Ce jour-là, il avait décidé que son destin allait être le même que celui de l’animal. Celui-ci faisait partie de sa vie, de son Memento, alors il n’avait pas d’autres choix que de la sauver. Il était tout prêt d’abandonner la seule chose qui l’accrochait encore à la vie.

“Accroches-toi” adressa-t-il au Morgul agonisant, avant de reprendre la corde qu’il avait fait tombé par terre. “Accroches-toi” répéta-t-il en passant celle-ci par dessus son épaule. “Accroches-toi” se murmurait-il en tirant le lourd fardeau qu’il venait d’accepter.

C’est ironique, se disait-il, de savoir que la chose qui lui faisait garder espoir, c’était quelque part la douleur. L’animal qu’il tirait était à la fois la source de son désespoir et le moteur de son espoir.  A la fois la cause et la raison. Si il ne devait pas emmener son compagnon avec lui, le voyageur n’aurait pas à se faire tant de mal, mais sans celui-ci, il aurait rapidement abandonné toute envie de continuer son voyage. Il n’était plus qu’un homme ayant renoncé à sa propre survie, mais n’ayant pas abandonné celle de sa plus proche camarade. C’est pourquoi il devait s’accrocher, le plus fermement possible, à cette mince corde qui le retenait encore à la vie. Même si cela le faisait souffrir, tant qu’il tenait cette corde, il avait encore une raison de marcher.

La nuit ne se laissa pas impressionner par la détermination du voyageur. Elle restait calme et silencieuse pendant que celui-ci ne se concentrait que sur une seule chose : s’accrocher. Il continuait juste son chemin, avançant en ligne droite lorsque la forêt le permettait. La fatigue s’accrochait à lui. La faim s’accrochait à lui. La douleur s’accrochait à lui. Ses souvenirs aussi s’accrochaient à lui. Mais lui, il ne s’accrochait qu’à la corde, et il tirait.

Il ne s’arrêta que lorsque, dans son chemin, il aperçut une lumière au loin s’échapper de la roche. Contrairement à toutes les lumières qui l’avaient entouré jusque-là dans la forêt, celle-ci avait une couleur chaude. La chaleur, ce fût la première chose qui avait traversé l’esprit malmené du voyageur en la voyant. Ce fût un tel choc pour lui, comme si un bruit soudain venait briser le silence sans prévenir. Un énorme soulagement gagne le vagabond, qui baissa son regard vers son compagnon blessé. Si le garçon savait pleurer, il l’aurait surement fait à ce moment-là. Mais vu qu’il en est incapable, il reprit juste sa marche en direction de cette lumière, tout en traînant la luge avec lui.

“...Une caverne ?”

Plus il s’avançait, moins il avait de doutes sur ce que cela pourrait être. Bien que la douleur et la faim étaient toujours présentes partout dans son corps, il n’y faisait guère attention. Il utilisait tout son esprit pour analyser la situation et maximiser ses chances de survie. Il s’arrêta un instant près de ce qui semblait être bel et bien une caverne.

Du feu. Voilà la source de chaleur. Il suffisait de regarder les parois pour deviner. Si cela était une bonne nouvelle en premier lieu, c’est vite devenu un problème dans l’esprit implacablement rationnel du vagabond, qui s’adressa à la bête à côté de lui.

“Si il y a du feu c’est qu’il y a un camp. Il y a donc une ou plusieurs personnes qui sont dans cet abri. Tu l’as vu avec le chasseur de la dernière fois, non ? Les voyageurs sont méfiants. Personnellement, j’aimerais éviter tout conflit si possible, puisque nous serons clairement désavantagés.”
Il s’arrêta un instant et posa sa main sur les bandages de la créature avant de reprendre se réflexion : “... Malgré tout cela, nous avons besoin de te soigner, et ces gens-là pourraient t’aider. Je pourrais négocier avec eux des traitements et des bandages, et peut-être de la nourriture. Cependant, ces choses-là sont rares, et il sera dur de les obtenir sans que nous ayons quoi que ce soit en échange. Honnêtement, j’aurais aimé attendre un peu plus longtemps ici pour réfléchir sur une approche à avoir, mais nous n’avons pas ce luxe je pense.”

Il fallait soigner la Morgul au plus vite, sinon elle risquerait de succomber de ses blessures. Après un court mais difficile moment de réflexion, le voyageur se décida sur la marche à suivre. Au vu des contraintes de temps et d’énergie, le mieux serait d’y aller sans magouilles ni stratégies. Cette solution était celle qui lui correspondait le mieux finalement.

Il tira sur la corde, traina la luge et pénétra dans la caverne. Ce qu’il trouva curieux c’est qu’il n’entendait aucun son provenant de l’intérieur, mais seulement les crépitements du feu de camp. La lumière dansait timidement sur les parois de roche qui semblaient humides et froides. Aucune ombre. Il s’approcha encore, sans chercher à être furtif et arriva enfin à portée du feu de bois, se dévoilant à la lumière. C’était comme si le jeune voyageur était sorti de l’obscurité, vêtu de son long manteau sombre, le visage dissimulé sous sa capuche. Presque aucune surface de sa peau n’était visible, ni même ses mains couverts par des gants ensanglantés. Ce sang était sûrement celui de l’animal qui se tenait toujours ligoté à la luge quelques pas derrière lui. Sous ses épais vêtements de voyage, il n’est guère difficile de remarquer sa petite taille.

Le voyageur se tenait là, debout près du feu, agrippant toujours aussi fermement la corde et agitant son regard de droite à gauche pour examiner les environs. Cependant, très rapidement après être apparu à la lumière du feu, le jeune garçon se fait brusquement interpellé par une voix féminine, affolée. On aurait même plutôt dit : un cri de détresse.



Il ne l’avait pas remarqué, cette jeune fille qui s’abritait dans l’ombre, loin du feu, appuyée sur la paroi comme si elle cherchait à disparaître. Pourtant elle était là, tremblante, effrayée. Le voyageur connaît cet effroi, il connaît ce regard. C’est le même que celui que le chasseur agonisant lui avait adressé quelques jours plus tôt. C’est le regard de quelqu’un qui vient de voir la mort apparaître.

Cette scène, elle est déjà arrivée auparavant. Lorsque le voyageur s’était enfui de la caravane Serpentine, il avait erré dans le forêt pendant quelques jours. A l’époque, c’était la Morgul qu’il essaie de sauver aujourd’hui qui lui servait de guide dans ce nouvel environnement. Celle-ci avait été attirée par l’odeur de sang d’un chasseur, grièvement blessé par une créature de la forêt. Il était lui assis maladroitement, le dos appuyé sur une paroi rocheuse. Il ne lui restait plus beaucoup de temps à vivre, mais il avait encore tellement de choses à faire. Il était si effrayé lorsque le voyageur était apparu devant lui, comme si c’était la Mort elle-même qui était venue le chercher.

“Qui êtes-vous ?!” hurla à nouveau la voix du fond de sa caverne.

Cette fille est donc en train de mourir elle aussi. Dans ce cas-là, cet endroit est sûrement son dernier refuge. Si le voyageur n’a rien pu faire pour le chasseur, il ne pourra rien faire pour elle non plus. Il l’examina rapidement du regard. Elle portait une cape qui empêchait celui-ci de distinguer son corps et son visage, mais il n'était guère difficile de deviner qu’elle était blessée quelque part.

“Ne...ne me regardez pas ! Allez-vous en!!”

Sa voix tremblotante résonnait dans toute la caverne alors qu’elle essayait tant bien que mal de reculer. Mais elle était déjà collée à la paroi, et n’avait nul part où s’enfuir. Des reflets orangés apparaissent sur son visage, comme si ses joues étaient devenues humides. En regardant distinctement, il semblait qu’elle...pleurait ?

“Je ne suis pas la Mort, tu sais” essaya de rassurer le voyageur en faisant un pas vers elle. “N’approchez pas !!!” hurla-t-elle de toutes ses forces. Le garçon s’arrêta aussitôt, interrompu dans son élan. Quelque chose n’allait vraiment pas avec cette fille, elle se comportait de manière différente du chasseur. C’était comme si, elle avait été brisée par quelque chose, comme si elle avait développée une peur irrationnelle de ce qui l’entourait. Jamais le jeune garçon n’avait vu quelqu’un s’affoler autant à la vue d’une personne. Elle répétait “N’approchez pas” en boucle, s’agitant pour s’éloigner du danger. Le jeune étranger baissa son regard quelques secondes vers ses deux mains couvertes de sang.

“On dirait bien que le chasseur avait raison. Je suis la Mort.”

Si il y avait bien une personne plus fidèle que n’importe quelle autre, une personne qui serait là pour t’accueillir peu importe qui tu es, quoiqu’il arrive, ça serait la Mort. Elle est la seule qui suit ton histoire du début jusqu’à la fin. “En quoi suis-je différent ?” se demanda le jeune garçon. Il était le porteur du Memento. Il écrit son histoire et celle des gens. Il était le dernier à avoir écouté celle du chasseur dans ses derniers instants, et cela sera sans doute pareil avec cette fille. Il ne doit pas intervenir dans leurs histoires. Il ne peut les sauver. Il peut juste écrire.

Mais avant cela, il avait quelque chose à accomplir. La fille n’était point sa priorité maintenant. Il se mit à balayer l’endroit du regard à la recherche d’objets utiles. Il repéra assez rapidement le sac de nourriture, les bandages usés, de vieux vêtements, des ustensiles. Mais surtout, il posa son regard sur les médicaments non loin de la jeune inconnue. Il les pointa du doigt aussitôt avant de demander d’une voix monotone :

“Donne-moi ça. J’en ai besoin pour soigner mon amie.”
“Allez-vous en je vous dis !!” gueula la fille, presque au point de se casser la voix.

Face à cette réaction de l’inconnue, le voyageur resta figé quelques instants comme pour réfléchir à sa prochaine action, pendant que la première le supplie de déguerpir. Il n’y avait pas réellement de raisonnements possibles avec elle, et encore moins de négociations. Si il voulait obtenir ces médicaments, le jeune garçon allait devoir s’en emparer. Il soupira lentement, profondément, lui laissant pleinement le temps de la réflexion, puis… il s’avança.

Ses pas étaient tranquilles mais cela n’empêcha pas à la fille de réagir aussitôt à l’approche du danger. Elle cria, ne sachant plus si elle devait fuir ou se défendre. Mais le vagabond lui rendit le choix plus facile en écartant son arc avec le pied. L’arme glissa vers le côté, hors de portée de la jeune fille. Elle avait certes peur, mais la peur pouvait la rendre dangereuse. Et là, elle pouvait sans doute être extrêmement dangereuse. Elle paniqua encore plus en voyant l’étranger s’approcher d’elle et délibérément la priver d’armes. Elle voulait s’enfuir, elle ne voulait pas rester là. Cependant, elle était là, coincée entre la paroi et la Mort qui approchait. Elle était incapable de bouger. Est-ce la peur ? Est-ce la douleur ? Ce qui est sûr, c’est que ces deux choses-là ont pris le dessus sur elle et la rongent plus fortement que jamais.  
Malgré tout, il n’y avait aucun soupçon de pitié dans le regard du voyageur. C’était quelque chose dont il ne devait surtout pas s’encombrer maintenant, et surtout qui n’aidera pas la blessée. Il savait qu’il allait s’attacher à elle en apprenant son histoire, mais pour l’instant, ce n’était qu’une femme dissimulée sous une cape et des bandages.

Lorsqu’il arrive à son niveau, elle s’agitait dans tous les sens, essayant vainement de frapper devant elle en hurlant “Laissez-moi ! Laissez moi ! LAISSEZ-MOI !!”. Elle devait surement n’avoir qu’une chose en tête, c’est qu’il parte, qu’il disparaisse. Elle se débattait tellement qu’elle laissa tomber sa capuche. Des larmes coulaient bel et bien le long de ses joues.


Alors que le voyageur se penchait pour prendre les médicaments, il ne put s’empêcher de retirer sa propre capuche afin de jeter un coup d’oeil dans dans les yeux de la fille. A quoi peut-il bien ressembler dans son regard ? Quel genre de monstre était-il ?
A ce moment-là, au moment où il a découvert son visage, il a sans doute vu bien plus que tout ce qu’il imaginait voir. Beaucoup plus.

Il se figea littéralement devant l’apparence de la jeune fille. Elle arborait une longue chevelure d’une rare couleur rouge sang, par dessus lesquelles étaient disposées deux oreilles de loup, à la fourrure sombre, qui étaient tremblantes et baissées sur elle-même. La pupille de ses yeux étaient d’un bleu éclatant, entourée de noir. Malgré tous ces éléments qui rendaient la jeune fille tout à fait singulière, ce qui frappa le voyageur, c’était la cicatrice qui traversait le long de sa joue. Elle semblait encore récente. Mais surtout, elle capturait étrangement toute l’attention du jeune garçon.
Il approcha son visage du sien. La mystérieuse fille se défendit en lui donnant un coup en pleine face. Il recula un instant,  Il essaya de la maîtriser en ayant prise sur ses deux poignets. Elle continuait de se débattre et de se jeter dans tous les sens alors que le garçon peinait à la garder en place. Elle hurlait, elle frappait, elle mordait. Elle pleurait. Le garçon parvient finalement à la maintenir au sol en agrippant ses deux poignets. Il s’étonna de voir comment il a pu prendre l’avantage sur une femme visiblement plus vieille et entraînée que lui, surtout dans son état. Elle était plaquée au sol, immobile, et lui était au dessus d’elle, essoufflé.

“C’est bon...” lâcha-t-elle en un souffle, abandonnant toute tentative de résistance.
“J’en peux plus…Achèves-moi...”

Le jeune garçon ne disait plus rien. Il ne savait plus quoi dire. Elle avait sur son corps tellement de cicatrices et chacune d’entre elle était différente des autres. Chacune avait son récit, et elle constituaient toutes ensemble l’histoire de cette fille. Chaque blessure marquait un chapitre de son passé inscrit sur son corps. Un passé qui était devenu vivement apparent.

Des larmes coulaient sur les joues de la fille.
...Non.
La fille avait déjà arrêté de pleurer. Elle avait laissé tomber tout espoir. Elle s’était résignée à disparaître.  
Mais alors, à qui sont ces larmes? Celles qui coulent sur ses joues ? Celles qui tombent sur son visage ?
C’étaient les larmes du jeune garçon.
Pour la première fois depuis des années, au beau milieu d’une caverne dans la forêt de Célimor, le garçon pleurait sans s’en rendre compte devant le Memento ouvert de la fille aux cicatrices.
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Seule, seule dans cet endroit sombre, il n’y avait que sa respiration bruyante qui se faisait entendre. Elle ne supportait pas ce bruit, comme elle ne supportait rien d’autre. Cela devait être la première fois depuis des années qu’elle ne s’était pas sentie si perdue. Elle venait de quitter cette vie horrible qu’elle supportait depuis quatre années.

L’existence d’Aqualya avait été si agitée que la louve n'avait jamais réellement eu le temps de penser à son présent.

Que se passait-il ?

La louve en était là, retournée dans la forêt, avec deux membres de sa meute, qui se battaient pour la garder en vie. Elle se battait à peine. Elle avait fuit, pour de bon.

Auparavant, elle allait au combat en sachant pertinemment qu’elle le perderait. Et pourquoi ? Car elle ne se battait pas pour une cause qui la touchait. Et car elle ne voulait tout simplement pas se battre. Aqualya l’avait toujours sut, elle savait qu’elle n’était pas faite pour se battre pour les gardiens, pas dans ces circonstances.

Elle avait toujours été extrêmement douée à l’arc, et sa transformation lui donnait une sacrée force, mais cela était tout. Elle avait peur du combat, peur de la mort. Elle ne voulait pas mourir pour une cause qui n’était pas la sienne, et encore moins avec des alliés en quels elle n’avait aucune confiance.

C’est pour cela qu’elle avait fuit. Pour vivre la vie qu’elle voulait vivre, essaye de reconstruire quatre ans de supplice caché, quatre ans de ruines et de néant…

Ainsi, elle en était là, et Aqualya se rendait compte qu’elle s’était faite des illusions, et qu’elle s’était hâtée pour au final le regretter. Non-pas d’être partie, mais elle était trop faible, et blessée, incapable de se défendre sans ses amis. La louve voulait se battre pour sa cause, pour sa liberté, pour ses amis, mais elle en était à peine capable.

Trop faible.
Toujours trop faible.
C’était indéniable.

Alors à quoi bon tenir ? A quoi bon se battre si elle ne pouvait même pas supporter la douleur pour sa propre cause. Pourtant elle continuait; son regard vide possédait encore une lueur de vie, et elle ne savait expliquer pourquoi. Elle restait immobile, dans cette grotte, son abri, alors que ses amis partaient la journée pour tenter de la garder en vie. L’un allait chercher des remèdes, l’autre de la nourriture.

Aqualya restait là, elle ne bougeait pas, et elle ne pouvait pas bouger. Sa force l’avait quittée. Et elle ne se soignait pas si ses amis ne le faisait pas pour elle. Comme un élément du décors, ses amis attendant quelques paroles de sa part, des réactions, mais rien.

Perdue.
Perdue dans ses pensées.

Elle ne se posait même plus de questions sur son avenir, et la douleur la hantait.

Aqualya aurait put affirmer que la dernière personne à qui elle avait adressé la parole lui avait aspiré tout espoir. Elle ne se souvenait que de l’horreur, dans ce monde affreux, une horreur qu’elle avait fuit, une horreur qui la dépassait.

Qu’avait-elle rencontré déjà ?
Un loup fou.
Un monstre géant.
Une femme en soif de vengeance.
Un homme en soif de sang.
Une folle en soif de souffrance.

Etait-ce seulement cela Eel ? Ni avait-il pas un endroit où Aqualya pourrait faire face à cette horreur avec suffisamment de force ?

Un endroit où elle pourrait se battre pour elle ? Se battre pour les personnes auxquelles elle tenait ? Et pas pour un monde qui ne lui avait apporté que de la douleur en remerciement ? Un endroit où elle pourrait vivre la vie qu’elle voulait ne serait-ce qu'un peu ? Un endroit où elle serait libre d’être Aqualya ? Et personne d’autre.

Libre d’être faible.
Libre d’être forte.
Libre de souffrir et de s’en plaindre.
Libre de rire.
Libre de voyager.
Libre d’apprendre ce qu’elle avait envie d’apprendre.
Libre de penser à elle-même.
Libre.
Et tranquille.

Voilà ce qu’Aqualya souhaitait, et elle avait peine à se souvenir de ce qu’elle avait souhaité être il y avait quatre ans de cela. Mais elle avait l’impression que les rêves n'étaient qu’utopie et que le monde dystopique dans lequel elle vivait ne lui donnait aucune chance d’être elle même.

Elle ne rêvait que d’une vie qu’elle n’aurait jamais. Et quand la louve revenait à la réalité, la souffrance refaisait surface, si forte qu’elle se tordait de douleur. Alors, elle transpirait, suffoquait, essayait d’éviter le contact avec son ventre, de trop ouvrir la bouche; et les souvenirs sanguinolant la rattrapaient.

Des cris.
Toujours des cris.
Encore des cris.

“Je ne veux pas mourir”

Je ne veux pas mourir…

“Je ne veux pas mourir !”

Non je ne veux pas ...je ne veux pas...je ne veux pas…

“Je. Ne. Veux. Pas. Mourir.”

Je ne veux pas souffrir.

Mais pourtant cette blessure faisait mal, terriblement mal. Aqualya avait l’impression de sentir de nouveau cette lame lui transpercer la joue, mais il n’y avait rien. Qu’une cicatrice et une douleur. Ah. Et cette cicatrice en devenir à son ventre. Ah. Elle crevait d’envie de hurler tant le supplice de la blessure était fort. Mais il n’y arrivait pas. Et tous les onguents et ses soit-disant remèdes n’étaient pas à sa portée...et la louve demeurée incapable de bouger.

Ah…

Soudain, elle sentit une odeur qui lui était inconnue, ainsi que des pas et un frottement distinctif contre le sol non loin de son abri. Elle savait d’emblée que ce n’étaient pas ses amis : la louve aurait reconnu leurs odeurs. C’était un inconnu, et l’odeur, abominable au museau de la lycanthrope, du sang lui collait à la peau.

Aqualya se mise à paniquer : Que devait-elle faire à présent ?

Il approchait.

Il venait dans sa direction. Elle l’entendait.

Mais que voulait-il ?

Il lui voulait du mal ? Ils lui voulaient toujours du mal ! Les inconnus étaient dangereux, indignes de confiance ! ILS lui voulaient de la SOUFFRANCE ! Et Aqualya ne voulait PAS souffrir.

Ah...Il fallait qu’il parte...qu’il s’en aille loin. Qu’il parte….qu’il la laisse tranquille...qu’il parte...qu’il parte…Mais il était déjà là, à l’entrée de la caverne, Aqualya le voyait. Il n’était pas très grand, il portait de nombreux bagage, et traînait elle ne savait quoi derrière lui. Mais peu importait...Les inconnus étaient toujours dangereux ! Toujours !

Et c’est pour cela que son premier réflexe fut de hurler.

Il n'avançait pas, et sembla à peine remarquer la présence de la jeune femme. Effrayée, tétanisée même, elle tremblait déjà de peur et ne le quittait pas du regard.


“Qui êtes-vous ?!”


Il ne lui répondit pas. Voulait-il dissimuler son identité ? Cela ne fit qu’inquiéter plus la louve qui remarqua qu’il l’observait avec insistance...Il allait remarquer sa faiblesse ! Il ne fallait pas qu’il voit qu’ill avait l’avantage ! Non !


“Ne..ne me regardez pas ! Allez vous-en !”
, continua l’effrayée sans aucune hospitalité.

Et si ce faery était fou lui aussi ? Combien de cicatrices à vie lui ferait-il avant de la laisser partir ? Après tout il empestait le sang et la sueur ! Allait-il ne serait-ce que la laisser en vie ? …

Je. Ne. Veux. Pas. Souffrir.

Des larmes coulaient déjà sous ses yeux cernés et apeurés, sans qu’elle ne puisse y faire quoi que ce soit.


“Je ne suis pas la Mort, tu sais.”
, furent les premiers mots qu’il prononça.
Le mot funeste résonna dans sa tête et devint un écho infini qu’elle ne put arrêter...Au point d'oublier le reste des paroles du faery.

“N’approchez pas !!!”

Elle cria de toutes ses forces comme pour effacer l’echo constant demeurant toujours dans son esprit. “Mort. Mort. Mort. Mort..”

“N’approchez pas…”

Aqualya était folle de peur, que pouvait-elle faire de plus que cela ? Le supplier de s’en aller, de lui laisser la vie sauve…

“On dirait bien que le chasseur avait raison. Je suis la Mort.”

...Elle en était sûre, il était totalement fou ! Qui pouvait-il bien être pour prétendre être la Mort ?! Personne n’avait le droit de choisir qui vivait ou qui mourrait ! Pourquoi personne dans cet affreux monde pouvait-il comprendre cela ? Etait-ce un quelconque fanatique d’elle ne savait quel cristal ou Oracle ? Allait-il la soumettre à un de ces rituels ou jeux terribles avant de la laisser se vider de son sang au sol ? Ne pouvait-il pas se taire et s’en aller comme s’il n’avait jamais vu la louve ?

“Donnes-moi ça. J’en ai besoin pour soigner mon amie.”

Aqualya ne comprit pas de quoi l’inconnu parlait, ce n’est que quand elle vit son regard posé sur les médicaments qu’elle comprit. Non...elle en avait besoin..Il ne lui demandait pas, il lui ordonnait...Et quelle amie ? Il puait le sang...et la louve ne voyait personne avec lui...il était fou….complètement fou ! Non..elle ne pouvait pas les lui donner.

“Allez-vous en je vous dis !!”

Sa voix déraillait tant Aqualya criait fort. Qu’on la laisse tranquille ! Mais “on” était injuste...et l’inconnu ne s’en alla pas, il s’avança..vers elle. Doucement. Aqualya pensa alors à le menacer avec son arc mais l’inconnu fut plus rapide de réflexion que la louve et écarta l’arme avec son pied. Les tremblements de la lycanthrope ne s’en firent que plus fréquents...elle n’aurait certainement pas pu se servir correctement de son arc de toute façon...mais elle aurait pu lui faire peur...Et tandis qu’Aqualya voyait peu à peu ses possibilités se réduire, le faery approchait. Elle voulut fuir mais elle se rendit compte qu’elle ne pouvait même plus faire cela.

...Elle était même devenue trop faible pour fuir !

Malgré cela, Aqualya perdait peu à peu du calme dans lequel elle se murait depuis des jours pour laisser place à une agitation qui la rongeait. Elle tentait de bouger, d’atteindre son arme, mais à chaque geste elle souffrait et sa blessure au ventre saignait encore.

Et il était tout proche.


“Laissez-moi ! Laissez-moi ! LAISSEZ-MOI !!”


Elle avait fait tomber sa capuche protectrice mais elle n’en avait cure. A ce moment, elle n’avait que deux choses en tête : La douleur et le danger que l’inconnu représentait.

Et Aqualya voulait qu’ils disparaissent tous les deux.

Le faery fouillait dans ses sacs afin de trouver tous les remèdes qu’il recherchait et la louve tentait tant bien que mal de lui asséner des coups, mais l’homme n’en avait que faire. Ce n’est que quand il tourna, enfin, son regard vers elle, quand leurs deux regards se croisèrent, quand il vit enfin son visage, que son attitude changea.

Il ne semblait plus s'intéresser aux plantes et aux onguents, puisqu’il se dirigeait vers la lycanthrope, l’air abasourdi. Alors qu’il approchait son visage de celui d’Aqualya ( beaucoup plus qu’elle ne l’aurait souhaité ), il semblait ne plus pouvoir détacher ses yeux du visage crispé de la jeune louve.

Et celle-ci lui donna un coup dans le visage. Cela le fit reculer, et le souffle d’Aqualya qui s’était coupé à cause de la proximité revint. Fort. Très fort. Il lui attrapa les poignets et elle ne put rien y fair, pourtant la louve se débattait de toutes ses forces.

Mais elle était trop faible.

Encore.

Encore !

“C’est bon...Je...J’en peux plus…Achèves-moi...”

Allait-il lui enfoncer une lame dans la joue lui aussi ?

Il la détaillait du regard, et la jeune femme criait elle avait peur, et la cette même peur l’empêchait même de pleurer. Elle suffoquait, et elle comprit enfin que toute l’agitation qui l’avait rendue folle, la mettait dans un état encore plus dangereux. Elle souffrait, ses blessures lui faisaient mal et pas seulement à cause des souvenirs refaisant surface. Elle hurla de douleur, plusieurs fois.

Puis elle sentit de l’humidité sur sa joue…

Il pleurait ?

Il pleurait …?

Les inconnus pouvaient pleurer ?

Ah…

Ah.. Ah..



Il pleurait. Mais la douleur d’Aqualya était trop forte pour que la louve n’y fasse plus attention que cela...Qu’il la lâche ! Et elle se déchirait de nouveau la gorge, plus de peur, mais de douleur..Qu’il la lâche..

Je ne veux pas souffrir…

Je ne veux pas souffrir…

JE NE VEUX PAS SOUFFRIR !

“MAIS LACHE MOI ! J’AI MAL !”

Elle sentait l’odeur de son propre sang l’envahir.

“J’ai mal...j’ai mal...Je vais mourir ? Je ne veux pas souffrir...Lâche moi...la-lâche moi ou tue moi...mais décide....J’ai mal...J’ai mal…”, répéta-t-elle sans cesse.


Je voulais juste rester en vie...




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Voyageur
Fiche

「 Accroches-toi. Partie II 」

(Survolez le titre pour plus d'infos)


Tu sais petit, chaque personne vit sa propre histoire. Même si la couverture paraît semblable,  chaque histoire est différente lorsqu’on s’y intéresse vraiment. Le monde n’est qu’une collection de récits après tout, mais nous, simples mortels, sommes incapables de les lire entièrement. Il y a beaucoup trop à raconter pour espérer tout consigner dans des pages. De plus, il faudrait savoir regarder le monde correctement, en distinguer les lignes et les virgules. Tu sais, petit, j’ai toujours l’impression que tu dévores le monde de ton regard, et que ton esprit n’est jamais rassasié. J’ai été gourmand comme toi. Toute ma vie j’ai cherché à lire le monde, mais jamais ce dernier s’est offert au vieil homme que je suis. Mais toi, tu sais voir des choses que je ne vois pas. Peut-être que le monde n’attend juste que tu découvres son histoire. Et tu sauras le jour où tu verras le coeur du monde.



Ces mots étaient ceux écrits dans l’une des premières pages du Memento. Ces mots résonnaient dans l’esprit du voyageur comme un son qui rebondissait sur chaque paroi de la caverne, et qui dansait au rythme du feu. Ces mots avaient gelé tout le reste, le monde n’était devenu qu’un décor tacheté de couleurs. L’esprit du voyageur flottait dans ce moment de suspension irréelle alors que son regard n’arrivait plus à se détacher de la jeune femme aux cicatrices.

Elle était immobile, juste en dessous de lui, maintenue au sol par ses deux poignets. Elle avait le visage meurtri par le désespoir et la résignation, les yeux détournés sur le côté, comme pour éviter de regarder la Mort en face. Lui il était là, au dessus de ce corps abîmé, son regard plongé sur elle. Et il avait toute la Vie de cette fille qui s’étalait devant ses yeux.

Des cicatrices.

Elles recouvraient son corps comme les pages d’un livre. Chacune était différente. Discrètes, profondes, anciennes, vives, hasardeuses, chaque marque avait sa propre personnalité et sa propre histoire.  A chaque endroit où il était possible de poser le regard, une ancienne blessure occupait déjà l’espace, évoquant des souvenirs en attente d’être racontés. Jamais le garçon n’avait pu rencontré une personne autant marquée par son  passé. Jamais il n’avait pu en rencontrer une autre comme lui. Il restait figé devant ces marques indélébiles que le monde lui avait laissé.  C’est elle qui laissait le monde désormais.

C’était comme si le temps venait d’ouvrir une parenthèse, procurant à cette jeune fille son dernier instant, et par la même occasion la dernière chance pour le jeune garçon d’en être un hasardeux spectateur. L’esprit de celui-ci baignait dans le brouillard, altérant le monde qu’il percevait. Peut-être était-ce l’épuisement ? Peut-être avait-il oublié qu’il vivait lui aussi ses derniers instants ? L’espace d’un moment, la caverne autour de lui changea de couleur, et les contours du monde devenaient brumeux. La lumière vacillante des flammes se reflétait sur les parois, mais seule le corps de la fille était encore habillé de couleurs. Une couleur bien distinctive dominait la scène, une couleur forte, chaleureuse et dense : le rouge. C’était la couleur de ses cheveux. Alors que la tête de la jeune fille reposait sur le sol, sa chevelure vive s’étendait tout autour, comme si ses mèches rouges cherchaient à prendre racine dans la roche. Derrière les quelques larmes qui restaient, le blanc de ses yeux était teinté d’une couleure noire qui encerclait ses pupilles bleus. C’était la première fois que le voyageur avait rencontré quelqu’un avec des yeux si étranges. Etait-elle réellement humaine comme lui ? Si la couleur rare de ses yeux venait trahir cette supposition, c’était aussi le cas de ses deux oreilles. Celles-ci, longues et couvertes d’une fourrure sombre, ressemblaient à celles d’un loup, ce qui rappela au voyageur qu’il traînait avec lui un animal similaire auquel il s’était attaché. La corde qui séparait le garçon de la luge sur laquelle était posée la dite créature traînait jusqu’à ses pieds. Que ce soit la bête sauvage ou la jeune inconnue, toutes deux étaient grièvement blessées quelque part, et mourante. Elles avaient toutes les deux la même façon de rabattre les oreilles sur la tête, comme si celles-ci avaient déjà renoncé à l’idée de se lever à nouveau. Même ici, la fille-louve semblait porter la trace d’une vieille cicatrice sur l’une de ses deux oreilles. Il était difficile pour le garçon de détacher son regard du noir de ses yeux, mais c’est ce qu’il fît lorsqu’il remarqua la vilaine balafre qui traversait le long du visage de l’inconnue. Cette blessure là était récente, vive, marquante. C’était comme si elle était venue scinder son innocence et sa beauté  avec la trace de la guerre et de la douleur. C’était comme si l’intérieur hurlait au milieu du visage ce que l’extérieur souhaitait garder secret.

Mais qui est-elle ?

Cette femme aux cicatrices, elle avait agité l’esprit du garçon au moment-même où son apparence s’était découverte devant lui. Il ne s’attendait pas à révéler une telle histoire par dessous la capuche. Pour une raison encore inconnue, il était soudainement attiré par elle comme si il venait de tomber pour la première fois sur son propre reflet. Ce n’était qu’un corps en agonie, une vie en extinction, et malgré tout, cette vie brillait inexplicablement.

Une halte étrange, un moment de pause, un rêve éveillé. En cet instant, le regard du garçon voyait les lettres du monde s’animer. Ce qu’il voyait, c’était la vie s’échapper lentement du corps de la jeune fille, devenu trop contraignant pour pouvoir la contenir plus longtemps. Cette vie débordait, s’écoulant depuis les multiples cicatrices pour rejoindre le sol, jusqu’à former tout autour de cette femme une flaque d’encre aussi rouge que ses cheveux. La flaque s’étendait, désormais libre d’épouser chaque forme de l’environnement. L’encre rouge pénétra dans le sol et sur les murs, parcourant les fissures comme si celles-ci formaient les cicatrices de la roche. Le voyageur assistait immobile au spectacle d’une blessure qui prenait vie, quittant un corps pour rejoindre le monde. Le sang s’étendit comme les racines d’une plante qui cherchait à envahir l’espace. La caverne entière était parcourue par des filaments rouges, brillants, semblables à des cheveux. Ici et là, des bourgeons de la même couleur émergeaient avant d'éclore sous forme de lettres et de mots. Les écritures finirent par occuper tout l’espace autour d’eux formant une bulle de souvenirs où la caverne devenait un livre racontant le récit de cette fille.
C’était souvent ce qui se passait pour le voyageur lorsque, à défaut de pouvoir s’exprimer sur les pages du Memento, il écrivait là où le monde lui laissait de la place, à même la terre, la roche ou le bois. Quand il avait fait la rencontre d’un chasseur sur le point de mourir, il consigna l’histoire de ce dernier sur la paroi, respectant une fresque narrative qu’il avait déjà en tête. Les mots gravés dessinaient ensemble deux ailes partant du corps sans vie du chasseur pour qui l’histoire était arrivée à sa conclusion. Mais cette fois-ci était différente. Cette fois, il n’y avait besoin d’échanger aucun mot pour voir l’histoire de cette fille déborder. Il n’avait qu’à la lire, lire ses émotions, lire ses cicatrices. Elle était exposée devant lui comme un livre ouvert, comme si elle portait son propre Memento à la surface de sa peau. Le jeune lecteur interprétait chaque marque comme si il s’agissait de chapitre, qu’il voyait s’animer autour de lui sous la forme de visions brumeuses. On dit parfois qu’il arrivait de voir sa propre vie défiler devant ses yeux avant de mourir,  mais c’était différent ici.  Le voyageur n’était que spectateur de la vie de quelqu’un d’autre, et c’était pour lui une expérience inattendue, unique et inexplicable. Sans chercher à savoir pourquoi, le garçon semblait soudainement pris d’empathie pour cette personne. Malgré son passé visiblement différent et unique, il s’identifiait à elle comme à son propre reflet. Il était submergé par des émotions nouvelles qui prenaient le dessus sur son habituel esprit rationnel. Car c’était la première fois qu’il pouvait lire le Memento de quelqu’un d’autre.

Il pleura.

Alors qu’il regardait la scène au travers de ses deux yeux humides, ses émotions commencèrent à déborder de lui-même. Il ne s’en était pas rendu compte tout de suite, puisque cela faisait bien trop longtemps qu’il avait oublié comment pleurer, cependant des larmes coulaient bel et bien le long des joues. Cela l’avait surpris. Etait-ce bien lui qui pleurait ? Pourquoi ? Malgré son jeune âge, le garçon était devenu incapable de relâcher ses émotions. A ce moment-là, les mots de son ancien maître faisaient encore écho dans son esprit.


Tu es une éponge, toujours à absorber les choses avec une soif insatiable. Les autres pensent que tu es dénué d’émotions mais c’est tout l’inverse. Petit, tu es un monstre d’émotions. Tu ressens le monde sans mettre de barrière et tu absorbes tout directement, sans jamais pouvoir les relâcher. Tout garder en toi c’est à la fois fantastique et dangereux. Car le monde est à la fois beau et cruel, alors tu porteras sans cesse un lourd fardeau qu’il te sera impossible de relâcher.


Parce que le garçon était incapable d’oublier, son maître l’avait mis en garde, à force de tout contenir en lui, il finirait par craquer. Parce que le garçon était incapable de pleurer, son coeur devenait de plus en plus lourd. Et si les larmes ne pouvaient le soulager, il avait décidé de tout transmettre, ses souvenirs, ses pensées, ses émotions, dans les pages d’un épais livre. Ce journal portait donc les émotions dont il était incapable de se débarrasser, devenant ainsi une partie de lui, une projection de ce qu’il est au fond, une version écrite de son coeur. Memento. C’était le nom qu’il avait donné au livre qui portait son être. Il en était le porteur, ainsi que le reflet.
Jusqu’ici, c’était l’encre qui se substituait aux larmes, cependant, depuis qu’il était arrivé au bout du journal, il ne lui restait plus aucune place pour vivre. Parti en quête d’un nouvel endroit pour confier son coeur, il avait entamé ce périlleux voyage. Il continuait d’écrire où il le pouvait, laissant les traces de ses pensées sur son passage, jusqu’à arriver jusqu’ici, dans cette caverne, face à la fille aux cicatrices.

Et il pleurait.
Ce qui coulait le long de ses joues, ce n’était ni de la peine, ni de la joie. Il garda la même expression de surprise face à ce rêve éveillé, et ne comprît pas vraiment pourquoi il pleurait. Il ne tenta pas non plus de retenir ses larmes. Il s’observait juste impuissant comme si il faisait face à une douce et tranquille catastrophe naturelle. Quelque chose venait de se débloquer en lui, et les expériences qu’il avait cumulées depuis le début de son voyage en profitèrent pour s’échapper. Tout ce qu’il avait absorbé était devenu un flot incessant qui déborda sans crier gare. Bien entendu, il ne savait comment réagir face à ses propres larmes.

“MAIS L CHE MOI ! J’AI MAL !”

La voix de la fille arracha le garçon de ses pensées, brisant par la même occasion les visions que son esprit avait superposées au décor environnant. Toute trace de la vision semblait avoir disparue : l’encre rouge qui semblait s’étendre le long des parois s’était évaporée, emportant avec elle les écritures et les mots qui en avaient émergé. Il était de retour à la réalité, sombre, froide, agonisante.

“J’ai mal...j’ai mal...Je vais mourir ? Je ne veux pas souffrir...Lâche moi...la-lâche moi ou tue moi...mais décide....J’ai mal...J’ai mal…”

Presque par réflexe, il se jeta en arrière en entendant les plaintes de la femme qui se trouvait en dessous de lui. Lui avait-il fait mal ? Il n’avait guère fait attention sous le feu de l’action, mais il la faisait surement souffrir en s’appuyant sur elle. Il remarqua cependant une tache sombre et rouge qui imprégnait ses vêtements au niveau du ventre.  C’était donc la blessure qui lui sera fatale, sa dernière cicatrice. Bien qu’il ignorait comment elle s’est retrouvée dans son état, il avait constaté un peu plus tôt qu’il ne pourrait pas la sauver. Les soins lui ont visiblement été prodigués et elle ne semblait pas tant en danger que cela au vu de ce qu’il voyait. Pourtant, il le sentait. Il sentait la dernière heure de cette fille approcher. Ce n’était pas son sang qu’elle perdait, mais autre chose de plus profond qui la quittait. Son corps avait enduré bien pire que cela, mais son esprit lui semblait être sur le point de craquer.

Avait-elle renoncée ?

Il ne l’avait pas remarqué jusque-là, mais tout cela prenait sens après avoir lu ses cicatrices. Balafrée par un monde qui ne l’acceptait plus, elle n’avait nul part où s’accrocher. Devait-il l’achever ? Devait-il écouter ses supplices ? Ou alors devait-il s’en aller, la laissant seule dans cette caverne, alors que le monde l’avait visiblement laissée de côté ? Instinctivement, il s’approcha d’elle, une main vers l’avant, posant ses doigts le long de la blessure sur sa joue.

“Je sais que tu as mal.” Ses mots étaient lancés au hasard, comme s’il s’adressait à tous ceux qui pouvaient être présents autour. Mais il n’y avait qu’un animal, lui et la fille aux cicatrices.
“Tu as mal, hein? Tu n’en peux plus ? Tu voudrais bien que tout cela s’arrête. Tu en as marre de te battre pour un monde qui te rejette. Pourquoi dois-tu passer par toute cette douleur ? Pourquoi après avoir enduré tout cela, tu n’as tout de même plus rien ? Juste cet endroit pour mourir, c’est la seule chose que le monde t’offre après t’avoir laissé tant de cicatrices. Te voilà seule, sans plus rien à part la douleur. Pourquoi s’accrocher à elle ? Pourquoi ne pas l’abandonner ? Il suffit juste de relâcher la seule chose qui t'accroche à ce monde. Si la douleur est la dernière chose qui te reste, alors il suffit juste de mourir.”

Oui, il pouvait l’aider à en finir. Cette fille qui s’était effondrée devant lui sous le poids des souffrances qu’elle portait avait déjà renoncé à son futur. C’est donc ici que devait survenir la fin de son histoire. Lui, il n’avait qu’à être là pour l’accompagner dans son trépas. Son seul rôle était de graver son récit dans la roche, comme il l’a pu apercevoir juste avant dans sa vision. Il s’empara de la plume cuivrée qu’il portait constamment autour du cou. Il ne l’utilisait que très rarement, à des occasions bien spécifiques, pour marquer des mots qui resteront gravés à jamais en lui. Après tout, il n’était que le porteur du Memento, un simple observateur, un lecteur qui parcourait le monde sans pouvoir influencer quoique ce soit à l’histoire qui se déroulait devant ses yeux curieux. Il avait accepté ce rôle, et elle avait accepté la mort. Elle le regardait avec une expression assez indescriptible alors qu’il lui caressait la joue. Perdu dans son regard, elle ne semblait pas trouver les prochains mots. Le voyageur se demanda à quoi bon pouvait-elle penser en voyant son visage ?

Ainsi le porteur du Memento se tenait aux côtés de la fille aux cicatrices une plume à la main, comme la mort veillant tendrement sur la personne en agonie. C’était bientôt la conclusion pour celle-ci. Cependant, le coeur du garçon ne tenait pas en place dans cette terrible attente de la fin. Il savait, au fond de lui, qu’il serait incapable de tout écrire sur elle. Elle contenait beaucoup trop, si bien que les mots iraient déborder de la caverne. Il n’avait ni le temps ni la place de capturer son récit, et pour la première fois, il sentait que la plume serait insuffisante pour retranscrire ce qu’elle représentait. Mais elle allait bientôt partir. Mais elle allait bientôt disparaître. Emportant avec elle toutes les traces de ce qu’elle était, elle s’apprêtait à quitter le lecteur impuissant qui se tenait à ses côtés. Une autre larme tombait sur la joue de l’inconnue. Il remarqua qu’il tremblait toujours, comme si il n’arrivait plus à contenir ses émotions. Celles-ci prenaient le dessus sur lui, l’empêchant de faire quoique ce soit. Il ne savait pas quoi faire, lui qui d’habitude se sert toujours de sa raison, n’arrivait plus à se concentrer sur quoique ce soit. Ses émotions débordaient. Aussi rationnel soit-il, jamais il n’avait fait face à une telle panique. Il savait qu’il devait faire quelque chose, qu’il devait abréger ses souffrances, mais il avait perdu le contrôle de la situation tandis que sa main portant la plume à écrire tremblait. Surement à cause de la fatigue, de la faim et de tout ce qui venait d’arriver dans cette caverne, il n’arrivait plus à réfléchir. Il n’était qu’observateur de sa propre impuissance. Sentant qu’il devait se dépêcher, il se plaça au-dessus du corps encore faible de la fille-louve. Celle-ci semblait surprise par la réaction du voyageur et commença à s’agiter.Ce dernier leva la main portant la plume, prêt à poignarder.

“...Accroche-toi.”

Soudain, une douleur. Survenant comme une piqûre de rappel, une affliction soudaine et vive était venue le ramener à la réalité. Ca faisait mal. Vraiment mal. Cette pointe de douleur provenait d’une blessure qui venait tout juste d’apparaître au niveau du ventre. Et pour cause, sa main venait tout juste d’arrêter de trembler. Sa main venait tout juste de le poignarder.
En effet, le garçon avait tourné la pointe de la plume contre lui, s’enfonçant profondément celle-ci à travers les vêtements et sa peau. Il grimaçait à cause de la douleur, mais grâce à elle, il venait de récupérer ses esprits. La douleur qu’il ressentait en cet instant lui rappelait que ce n’était pas un simple spectateur. C’était aussi la douleur qui l’avait ramené à l’ordre lorsqu’il errait dans la forêt.

“Accroche-toi.” répéta-t-il comme si il se parlait à lui même, ne se rendant pas compte qu’il s’agissait de sa propre voix. Quelque chose en lui l’empêchait d’accepter cette situation. Il avait l’envie égoïste de préserver cette vie, quitte à ce qu’elle doive endurer la souffrance, pour qu’il puisse à nouveau lire dans son coeur. Il a avait mal mais il ne voulait pas laisser le Memento de quelqu’un d’autre brûler sous ses yeux sans rien faire. Mais que faire pour sauver une personne qui n’avait plus rien à part la douleur pour la relier au monde des vivants ? Il y a quelques heures, c’était aussi son cas, errant dans la forêt et n’ayant que pour seule chose pour s’accrocher une corde qu’il tirait. Cette corde le liait à la créature blessée qui l’attendait non loin de là. Cette corde était pénible et douloureuse à tirer, mais c’était la seule chose qui le maintenait encore dans ce monde. Si seulement elle pouvait attraper cette corde à son tour,  alors, sans doute pourra-t-elle aussi s’en sortir. “Accroche-toi” lui répéta-t-il avec cette unique pensée dans son esprit.

Le garçon inspira profondément et enfonça davantage la plume contre son ventre. C’était une sensation insupportable mais il était prêt à l’endurer encore un peu. Dans le même temps, il plaça sa main libre sur la blessure au ventre de la fille pour y mettre tout son poids.

Elle hurla sous le poids de la douleur.

Jamais il ne l’avait entendu autant crier et pleurer tandis qu’il appuyait délibérément sur la blessure. Elle se débattait, elle voulait que ça en finisse, mais le jeune homme insistait, aussi bien sur elle que sur lui. Elle devait s’accrocher. Elle devait s’accrocher à cette maigre corde qui la reliait encore au monde. La douleur était tout ce qui lui restait, mais elle devait absolument s’y accrocher pour survivre. Car la douleur la maintenait éveillée.  Pour une fois, le garçon avait décidé non pas d'écrire, mais de la sauver. Enfin la "sauver", non, parce qu'il sait qu'elle était la seule à pouvoir se sauver elle-même. Cependant pour une raison étrange, il sentait qu’il devait l’accompagner dans cette souffrance. Si il espérait pouvoir l’atteindre, il fallait qu’il aille la chercher au milieu des ronces. Cependant il était hesitant et n’arrivait pas à montrer la détermination qu’il désirait tant. Cela lui faisait trop mal, il ne voulait plus s’infliger cette douleur. Mais il le fallait car il imposait un mal encore plus violent à une autre personne rien que pour ses désirs égoïstes.

“Ne-ne fuis pas."

Il arriva à s’arracher quelques mots malgré la souffrance qu’il endurait. “Ne fuis pas la douleur... Il existe une raison... à chacune de tes blessures.” Il avait de plus en plus de mal à tenir et sa respiration devenait forte. “Derrière la douleur... se cache beaucoup plus. Rappelle-toi. Rappelle-toi de ce qui t’a fait vivre malgré les blessures.”
Il appuyait plus fort contre la blessure de la jeune fille. ll espérait qu’elle s’accroche à la vie le plus possible. Mais alors il se demanda comment elle faisait pour supporter autant. Lui-même qui souffrait à ses côtés avait du mal à encaisser une blessure bien plus superficielle que la sienne. Il sentait son corps se fatiguer et son esprit s’alourdir. Il était bientôt sur le point de lâcher. Ce qui lui permettait de tenir, c’était tous les souvenirs qu’il portait constamment avec lui, les mauvais comme les bons. Ceux-ci l’avaient à la fois construit et abimé. Pourtant, c’était parce qu’il se souvenait de son Memento qu’aujourd’hui il se battait. C’était parce que le passé lui donnait toutes les raisons de saisir le présent et de sauver cette fille.

“Tu ne peux oublier les moments vécus, car ils nous marquent comme des cicatrices.  Ce sont des souvenirs dont il t’est impossible de te débarasser. Car l’encre ne s’efface jamais. Mais tu sais, ton histoire ne s’arrête pas là. Si tu ne peux changer ton passé, écrit l’avenir. Tu pourras toujours te laisser de nouvelles marques qui effacerait les précédentes. Alors souffre, endure et vis ton histoire.”

Jamais il ne la laissera mettre un terme à son récit. Car l’histoire de cette fille faisait déjà parti de la sienne. Il commençait à s’épuiser mais il ne lachait rien, ni la plume, ni la vie de cette fille. Alors que sa vision se brouillait, les écritures rouges émergaient de nouveau tout autour de lui. La caverne était recouverte de mots et de racines au couleur du sang. C’était l’histoire de la fille qu’il voyait de nouveau éclaté à travers les murs. Quant à elle, qui se trouvait à l’origine de toutes les racines, elle regardait le voyageur.

“Si la douleur est trop dure à supporter seule, je suis là pour la partager avec toi”

Il appuyait plus fort, sur chacun d’entre eux. Et les écritures rouges se glissèrent le long des parois, comme si les racines se rétractaient pour rejoindre le corps de la fille, ne devenant qu’une flaque d’encre de la même couleur que ses cheveux. A cet instant, cet encre qui s’écoulait de ses cicatrices revinrent se glisser à l’intérieur de la plaie ouverte. Ces souvenirs qui cherchaient à quitter ce corps s’étaient enfin de nouveau infiltrés en elle.  
Oui, il n’était pas encore arrivé le temps d’échapper à sa propre histoire. Cette dernière vision avait réchauffé le coeur du jeune garçon, qui esquissa un sourire pendant que son rêve éveillé s’évaporait. Le voyageur, satisfait, finit par s’effondrer...
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